Mars 2020

Boris Vian m’a ouvert les yeux et cassé le dosCourt métrage de Michel GondryType d'Événement:Film d

Quelques infos

Plusieurs années après avoir adapté L’écume des Jours au cinéma, Michel Gondry réalise un film court d’animation de 5 à 10 minutes relatant son expérience avec Boris Vian.

 

« […] Un jour, boum, on me demande de réaliser une adaptation de L’Écume des jours. Aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe. C’est trop beau et effrayant à la fois. Je vais utiliser toutes mes petites inventions visuelles, faire un film libre, explosé, coloré, sombre puis noir. L’amour fou, l’amour carcinogène. Mon plan d’attaque : ne rien relire mais noter en détail les souvenirs de ma première lecture du roman. Comme si c’était mon passé, mon vécu. D’ailleurs c’était mon vécu. Puis de réintégrer ces réminiscences comme des flashbacks dans le présent de la re lecture. Quand même, une chouette idée, je trouve. Et puis, quand on adapte un film, on l’adopte. C’est un enfant qui vous ressemble et qui n’en fait qu’à sa tête. Je pris donc Colin et Chloé par la main et les conduisis où je pensais devoir les mener. On a couru partout. Aux studios d’Épinay, au métro Botzaris. D’abord frénétique, puis plus lente et finalement pénible, notre course s’est ralentie et j’ai souffert. En me re-retournant, j’ai aperçu le visage de Boris qui regardait ce qu’on faisait par-dessus mon épaule. Parce qu’il était mort, il ne pouvait pas marcher et s’était collé sur mon dos. Mais il était bien au-dessus de moi car il est bien plus grand, on le dit, et pouvait tout voir. J’avais beau lui répéter que je pensais à lui tout le temps et que j’avais son livre en permanence roulé dans ma poche, il voulait tout vérifier. Et plus il observait, plus il grossissait. Je ne pouvais pratiquement plus bouger et j’ai dû terminer en me raccrochant à Duke Ellington. Mon père l’a vu jouer en concert à l’Olympia en 1958. Mais si on adopte un roman en le transformant en film, on l’adopte également quand on le lit. Chacun a éduqué l’histoire à sa façon, voire à son image. Il y a des millions de Colin dont les trois quarts ne se reconnaissent pas dans mon Colin. Et ces gens ne se sont pas privés de me le dire et de l’écrire. Mon Colin était-il un cancre ? Se battait-il pendant la récré ? Pas du tout alors. Mais ses copains l’ont bizuté, craché sur sa tombe et maintenant il est tout moche. Pour me consoler, je me dis que Boris l’a vu grandir. Il ne l’a pas quitté des yeux vu qu’il était sur mon dos en permanence et donc il doit l’aimer aussi. C’est quand même pas mal. »

À retrouver ici.

 

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